Le monde des maisons de retraite devient de plus en plus riche d’innovations. Après le modèle néerlandais du nom de Hogewey, c’est au tour des suisses de mettre en place un village entier pour les personnes âgées qui souffrent de démence ou maladies apparentées à la pathologie d’Alzheimer. Le caractère innovant de ce village réside dans son allure, ce sera un village venu tout droit du passé.
Markus Vögtlin, l’auteur de ce projet, va remonter l’horloge suisse d’une soixantaine d’années pour replonger les personnes âgées en quête de repère dans un univers qui leur est familier.
Toute l’idée est là. Les personnes âgées dont l’esprit est atteint, éprouvent une grande difficulté à communiquer, échanger et profiter du présent car ils sont en constante bataille d’adaptation. Ils ne comprennent pas le monde qui les entoure, le langage des plus jeunes qu’eux, les méthodes de technologie avec lesquelles travaillent leurs enfants au jour le jour, les aliments qui sont commercialisés et qui n’ont plus beaucoup de ressemblance avec le produit naturel, les vêtements qui paraissent inapropriés et qui, semble-t-il, sont devenus monnaie courante, le fonctionnement des appareils dont ils ont besoin de se servir, comme le lit médicalisé…
Tous ces éléments constituent des menaces et génèrent un grand malaise auprès des personnes âgées. C’est pourquoi Mr Vögtlin a voulu leur procurer du bien-être en fabriquant un contexte connu tout autour d’eux et qu’ils verraient au quotidien. Markus Vögtlin a été séduit par le village Hogewey aux Pays-Bas, et depuis sa visite, est d’autant plus convaincu de l’importance de son projet, « Les personnes démentes sont souvent agitées et agressives, mais à Hogewey, elles sont détendues et heureuses. Ces pathologies entraînent chez ces patients des difficultés pour se rappeler ce qui se passe à l’instant présent, mais en général ils ont des souvenirs précis du passé. Ce genre d’environnement les met à l’aise. J’appelle cela remonter le temps ».
Ce complexe s’implantera près du village de Wiedlisbach, dans les environs de Berne. Un village entièrement ouvert où plus de 150 patients, répartis dans 23 bâtiments adaptés, seront libres de circuler.
Néanmoins, les auteurs de ce projet assurent que les pensionnaires ne seront pas autorisés à quitter le village, pour leur sécurité.
Tout est prévu pour faire vrai : les costumes du personnel, la conception des maisons. Tout absolument tout, respectera l’atmosphère des années 1950.
Mme Birgitta Marensson, porte-parole de l’association Alzheimer Suisse, ne cache pas son enthousiasme quant à ce nouveau projet, « Il faut différents types de programmes de soins, parce que la maladie comporte plusieurs stades. Un village consacré à la démence est une bonne solution pour les patients en phase avancée ».
Bien que les autorités suisses soutiennent ce projet à 100%, ce n’est pas le cas de tout le monde. Mr Michael Schmieder, directeur d’une maison de retraite à Sonnweid, dans le canton de Zurich émet une opposition vigoureuse quant à la mise en place de ce monde illusoire et artificiel, qui ne sera en aucun cas, selon lui, bénéfique. « Cette idée représente une tentative de reproduire une normalité que les personnes démentes n’ont pas. Nous (dans la maison de retraite médicalisée qu’il dirige) procurons du bien-être, exactement comme un hôtel quatre étoiles. Nos patients vivent l’instant présent, et non dans le passé. »
