« Quand j’ai appris ce matin que je devais défendre ce type, ça m’a fait un choc » confie au Post ce mercredi Maître Danielle Toubiana, avocate commise d’office de Jean-Pierre Guillaud.
Jean-Pierre Guillaud, c’est le schizophrène de 56 ans qui s’est échappé de l’hôpital psychiatrique de Saint-Egrève mercredi 19 novembre 2008, avant de poignarder mortellement un étudiant dans le centre-ville de Grenoble.
Une 1ère expertise estimant que son état de santé est « compatible avec son audition et son éventuelle mise en examen », il devrait être présenté à un juge d’instruction demain jeudi en vue d’une éventuelle mise en examen dans la foulée.
Élément surprenant: les deux parents de cet homme travaillaient en psychiatrie dans la région de Grenoble, confie par ailleurs au Post une source proche de l’enquête.
Sur Le Post, l’avocate commise d’office, qui a « pris connaissance du dossier » ce mercredi matin, réagit:
Quand avez-vous su que je vous alliez défendre Jean-Pierre Guillaud?
« Je l’ai appris ce matin. Ça m’a fait un choc. Je me suis dit ‘Bon, il fallait que ça tombe sur moi.’ Et je me suis aussitôt plongée dans le dossier. »
Qu’en pensez-vous?
« Je pense que la responsabilité de l’hôpital psychiatrique est énorme et qu’il a commis beaucoup d’erreurs. Je ne comprends pas comment on a pu en arriver là. »
Pourquoi?
« Cet homme avait déjà agressé plusieurs personnes: deux. Et toujours selon le même mode opératoire: un coup de couteau dans le ventre. Une en 1995. Il avait été déclaré irresponsable et replacé en hôpital psychiatrique. L’autre en 2006. Il avait aussi été déclaré irresponsable et placé dans une maison de retraite. »
Une maison de retraite?
« Oui, aussi étrange que cela puisse paraître. J’ai lu des écrits de lui qui disent qu’il s’y ennuyait. Il disait ‘C’est monotone la maison de retraite » hreflang= »fr »>maison de retraite. Je voudrais aller en prison et recommencer ma vie.’ J’ai l’habitude de défendre des gens qui ont des problèmes psychiatriques et, souvent, pour eux, la prison représente une forme de rédemption, comme une punition. »
Pourquoi a-t-il été estimé deux fois irresponsable et maintenant peut-être responsable?
« Bonne question. C’est surprenant, effectivement. Je note aussi qu’à l’époque c’était plus difficile de dire une personne pénalement irresponsable que maintenant. Je m’interroge. »
Quoi d’autre?
« C’est un homme qui a été placé en hôpital psychiatrique pour la 1ère fois à l’âge de 27 ans. Ça date…Je me demande aussi s’il a été bien soigné. Prenait-il bien son traitement, ses cachets? Son traitement était-il bien adapté à sa maladie? Était-ce une erreur de le déclarer irresponsable jusqu’ici? N’aurait-il pas mieux fallu le mettre en prison, comme il le souhaitait? Beaucoup de questions sans réponse. »
Source: lepost.fr
